CUBA


27 octobre 1492 : Cuba, la « perle des Antilles », est découverte par Christophe Colomb. L’explorateur décrit ses villages aux rues droites et ordonnées qu’il compare à des camps. Très rapidement, l’île va occuper une position stratégique majeure sur la route maritime reliant l’Espagne à l’Amérique latine. Elle devient également une base de départ pour l’exploration des pays riverains du golfe du Mexique. Dans les premières décennies de la conquête, les colons fondent des petites villes qu’ils ne quittent guère, en raison de la crainte que leur inspirent les Indiens. Les montagnes leur restent étrangères pendant de longs siècles : une grande partie de l’île est ainsi demeurée jusqu’au XXe siècle à l’écart de toute autorité étatique.

1494 : Second voyage de Colomb à Cuba dont il explore la côte méridionale. Il pense alors que l’île est la Terre ferme, c’est-à-dire le continent.

1494 : La première colonie est installée à l’est de Cuba, dans le port de Santo Domingo, sur l’île d’Hispaniola dont le premier gouverneur est Nicolas de Ovando.

20 juin 1500 : L’humanisme chrétien anime la monarchie espagnole. La reine Isabelle la Catholique se prononce contre la politique esclavagiste de Colomb et accorde aux Indiens le statut de vassaux plutôt que celui d’esclaves. Une instruction datée de décembre 1503 réitère l’ordre royal de traiter les indigènes en égaux des Espagnols, avec lesquels ils ne forment qu’un seul peuple. L’Indien ne doit être soumis qu’à la mita, c’est-à-dire au travail obligatoire mais rémunéré. Les Rois catholiques considèrent l’évangélisation des Indiens comme leur premier devoir.

1503 : Massacre d’Indiens à Xaragua (dans l’île d’Hispaniola) mené par Ovando.

14 juillet 1503 : Création à Séville de la Casa de contratación. Les Rois catholiques confient à cette chambre de commerce le contrôle du mouvement des marchandises et des personnes entre Séville et les Antilles. Elle est surtout chargée de percevoir le quint royal sur les métaux précieux.

1508 : Sebastian de Ocampo prouve que Cuba est une île en la contournant entièrement avec ses deux caravelles.

1509 : L’Inquisition est instaurée par cédule royale dans le Nouveau Monde. L’Église joue immédiatement un rôle important dans l’administration et s’implante de ce fait très rapidement dans l’île.

1511 : Le gouverneur d’Hispaniola, Diego Colón, décide la conquête de Cuba, entreprise dont il charge Diego de Velasquez, présent depuis 1494 dans les Caraïbes où il est arrivé avec Colomb. Velasquez prétend adopter à l’égard des Indiens des méthodes moins brutales que celles de Ovando. Les conquistadores, partis de l’île d’Hispaniola, débarquent à Baracoa, ville peuplée de Taïnos. L’adversaire de Velasquez, le cacique indien Hatuey, est capturé par les Espagnols puis brûlé vif. Le dominicain Las Casas rend compte de cet événement qu’il déplore. Si la résistance indienne ne cesse pas avec la mort de Hatuey, les indigènes sont néanmoins forcés de fuir dans les montagnes. On les désigne alors sous le nom de Cimarrones.

Né non loin de Valladolid en 1465, Velasquez est l’un des plus grands conquistadores des Indes occidentales. Il est décrit comme « un homme de grande valeur, d’une beauté singulière, d’agréables manières et d’une grande force de caractère ». Respecté de tous pour son efficacité, il est l’un des hommes les plus riches de l’Amérique de ce temps et possède, sur la place principale de Santiago de Cuba, une superbe demeure de style mauresque qui rappelle celles de Séville. Il occupe également la fonction de « répartiteur d’Indiens » qui consiste à distribuer ces derniers entre les propriétaires. En dépit du caractère injuste de ce système, il tente d’assurer aux indigènes le meilleur traitement possible.

En tant que gouverneur de Cuba, Velasquez est à l’origine de la fondation de sept cités qui reçoivent le titre de villas correspondant à un certain nombre d’attributs, dont un conseil des familles participant à l’administration de la ville et des terres d’alentour. Le gouverneur fonde ainsi Notre-Dame de l’Ascension dans la province indienne de Baracoa en 1511, puis dès 1514 la Sanctissime Trinidad dans la baie de Cienfuegos, Sancti Spiritus et San Cristobal de La Habana (alors sur la côte sud). Suivent en 1515 Santa Maria de Puerto Principe et Santiago, dont Hernan Cortés devient le premier maire.

Les gouverneurs qui lui succédèrent n’ont guère laissé de témoignages utilisables par les historiens. Cuba n’a eu pour gouverneur qu’un capitaine général rattaché au vice-royaume de la Nouvelle-Espagne, le Mexique, et relevant pendant longtemps de Saint-Domingue pour sa juridiction, les officiers royaux dépendant de la Casa de contratación de Séville.

1513 : Les terres de l’île deviennent espagnoles. Par un décret royal, Ferdinand d’Aragon fixe les droits et devoirs des colons qui doivent s’organiser en encomienda. Il s’agit de répartir les Indiens entre les domaines auxquels ils seront rattachés et où ils serviront. En échange, les encomenderos devront entretenir et armer un cheval, au service de l’État. Toutefois, les projets de Velasquez s’avèrent difficiles à réaliser car les Indiens meurent, refusent de travailler ou s’enfuient.

1514 : Fondation de Santa Maria de Puerto Principe sur le site de l’actuel port de Nuevitas. La ville est rapidement transférée à l’intérieur des terres en raison de la fréquence des incursions des pirates. Elle porte aujourd’hui le nom de Camagüey.

1517 : Une première expédition menée par Francisco Hernandez de Cordoba part de La Havane pour le Yucatán. Beaucoup d’Européens quittent Cuba où ils avaient escompté faire rapidement fortune en trouvant de l’or. Ainsi, Hernan Cortés, arrivé en 1511 avec Velasquez, lance une expédition vers le Mexique depuis l’île en 1519. Ces expéditions à partir de Cuba, véritable marchepied vers l’Amérique centrale et méridionale, constituent un tournant dans l’histoire de l’île et de l’empire espagnol en Amérique.

1518 : La première cathédrale de Cuba est construite à Baracoa.

1522 : Le siège cathédral est transféré à Santiago en raison des difficultés de communication dans la région de Baracoa. Les évêques résident pour leur part à La Havane.

1523 : Début de la culture de la canne à sucre à laquelle la température élevée et la grande humidité des sols de Cuba sont propices. L’économie de l’île a longtemps dépendu de cette monoculture vers laquelle se sont tournés les colons, constatant l’impossibilité de s’enrichir par la seule exploitation des ressources minières, rapidement taries. Dès l’origine, le sucre constitue une véritable monnaie.

Cuba fonde sa richesse à la fois sur le commerce illicite avec les pays voisins (îles des Caraïbes, Mexique, Amérique du Sud) et sur le commerce avec la métropole espagnole et ses autres colonies.

1524 : Mort de Velasquez.

1525 : Le pouvoir royal espagnol délaisse les îles des Antilles pour la Terre ferme. Il se décharge sur les colons qui restent à Cuba des frais d’administration et, ce faisant, leur cède le pouvoir réel. C’est l’origine de la puissance des « seigneurs de la terre » de Cuba.

1527 et 1529 : Des colons sont tués par des Indiens.

1527 : Des mesures sont prises contre la dépopulation de l’île due à l’extinction progressive des Indiens, qu’ils soient originaires de Cuba ou bien importés des îles voisines : un millier d’esclaves noirs doivent arriver à Cuba pour les remplacer dans les plantations. La traite vers Cuba débute alors mais ne prend vraiment son ampleur qu’à partir de 1595.

1529 : Sous la pression de Las Casas, le roi d’Espagne crée le statut de protecteur des Indiens.

1537 : Les côtes cubaines subissent les assauts des corsaires français. Santiago est attaquée en 1538, 1540, 1554 et 1558. En 1555, la campagne française atteint son apogée lors du sac de La Havane par le corsaire Jacques de Sores. Pour la première fois dans l’histoire de Cuba, Blancs, Noirs et Indiens s’allient pour défendre leur île.

1538 : Les gouverneurs de Cuba, les adelantados qui sont d’anciens conquistadores, quittent leur résidence de Santiago pour s’établir à La Havane. Les autres villes sont tenues par un lieutenant.

1538 : Rébellion noire à Cuba.

1541 : La Couronne interdit le système de l’encomienda.

1544 : D’après les chiffres d’un contemporain, la population de l’île avoisine les 7 000 habitants dont 5 000 Indiens, 800 esclaves noirs et 660 colons espagnols. On estime que les Indiens étaient une centaine de milliers un siècle plus tôt.

Milieu du XVIe siècle : Les navires chargés d’argent provenant du Pérou et du Mexique font escale à Cuba. L’île devient dès lors une étape incontournable sur la route des Indes occidentales et du Nouveau Monde.

1561 : Philippe II ordonne l’érection à La Havane de forteresses et d’un ensemble défensif dont le Castillo de la Real Fuerza est l’emblème. Cependant, l’île demeure la proie des pirates français, portugais puis anglais car le reste des côtes n’est pas fortifié.

1570 : Seules 270 familles espagnoles sont présentes à Cuba car l’or y est déjà épuisé.

1574 : Le gouvernement espagnol reconnaît les mariages mixtes.

1576 : Les premières plantations de sucre de grande taille apparaissent. De nombreux esclaves noirs y travaillent. On estime leur nombre à 20 000 en 1606. À la fin du XVIe siècle, l’industrie du sucre prend son véritable essor grâce à cette main-d’œuvre.

1586 : Voyage du roi Philippe II à Cuba.

1595 : Quinze colons de La Havane parviennent à construire chacun leur moulin à sucre, l’ingenio mû par la force hydraulique.

 

Le XVIIe siècle voit l’établissement de la société coloniale et la naissance d’une classe de grands propriétaires qui s’enrichit considérablement en peu de temps. Les colons parviennent alors à établir les fondements d’une économie prospère et non plus de simple subsistance, comme c’était le cas au siècle précédent. L’importance des ports de La Havane et de Santiago se renforce du fait de leur situation sur la route vers les Amériques.

Début du XVIIe siècle : On commence à exporter du sucre vers l’Espagne. Cuba est la première île de l’empire espagnol d’Amérique à utiliser des esclaves et, avec Porto Rico et Hispaniola, à cultiver la canne à sucre. Le tabac, cultivé entre La Havane et Trinidad, ainsi qu’à l’ouest de l’île, vers Pinar del Río, devient à son tour une production importante. Ces deux cultures sont les moteurs de l’économie de l’île.

1606 : Cuba est divisée en deux gouvernements : La Havane et Santiago.

1609 : Fondation de la ville de Santa Clara dans la plaine centrale de Cuba.

1614 : La Couronne autorise la libre production de tabac, alors considéré comme « chose d’Indien ou de Nègre : une surprenante trouvaille et dangereuse tentation du Diable ».

1628 : Alors que l’Espagne est en guerre contre les Hollandais, ces derniers tentent de s’emparer de La Havane. Piet Heyn et ses hommes attaquent la flotte d’argent qui arrive du Mexique. Elle est constituée de métaux précieux du Nouveau Monde acheminés par mer vers l’Espagne. À l’aide d’une flotte de 32 navires, de 700 canons et de 3 500 soldats, Piet Heyn parvient à s’emparer de 8 navires et de leur extraordinaire butin : « de l’argent, de l’or, des perles, de l’indigo, du sucre, de l’acajou et de riches fourrures ».

Milieu du XVIIe siècle : Cuba compte 30 000 habitants. Les nouveaux colons sont peu nombreux. Le changement se produit en 1655 avec l’arrivée de 10 000 colons espagnols venus de Jamaïque, forcés à l’exil par les Britanniques, après l’envoi par Oliver Cromwell d’une flotte chargée d’attaquer les possessions espagnoles des Antilles. Des Noirs arrivent de Saint-Domingue à partir de 1791 et de Louisiane après 1808.

1670 : L’Espagne signe un traité avec l’Angleterre : les Anglais présents en Jamaïque cessent alors leurs attaques contre Cuba. Un traité similaire est signé avec la France en 1697. La fin du XVIIe siècle apporte l’espoir de voir la sécurité et la paix s’installer à Cuba pour une durée prolongée.

 

1717 : Une cédule royale établit le monopole de la Couronne sur la commercialisation à prix fixé du tabac, si bien que les paysans cultivateurs de tabac, les vegueros, se rebellent et obligent les hauts fonctionnaires à fuir en Espagne.

Juillet 1741 : Les Anglais, qui représentent depuis longtemps une menace pour Cuba, s’emparent de Guantànamo, renommée baie de Cumberland : ils ne se sont pas attaqués à La Havane ni à Santiago, trop bien défendus. Cette victoire de l’amiral Vernon marque le début d’une ère nouvelle où l’hégémonie sur Cuba est disputée entre l’Espagne et l’Angleterre, puis entre l’Angleterre et les États-Unis.

Milieu du XVIIIe siècle : Le banditisme se développe dans les campagnes. Au XIXe siècle, il fournira bon nombre de soldats à l’armée rebelle indépendantiste.

1762 : Les Britanniques occupent La Havane et une partie du nord de l’île pendant la guerre de Sept Ans. La défaite est particulièrement humiliante pour Cuba qui tombe aux mains du comte d’Albemarle et de ses 14 000 soldats. Cuba s’ouvre alors au commerce international, notamment grâce au port de La Havane.

1763 : La souveraineté espagnole est rétablie à la suite d’accords entre la France, l’Espagne et la Grande-Bretagne. Le gouverneur de La Havane, le comte de Ricla, entreprend la restauration et l’aménagement du port, tirant parti des conseils éclairés des Anglais. Le commerce devient libre entre Cuba et la plupart des ports espagnols dans les années qui suivent.

L’île bénéficie également des réformes souhaitées et entreprises par le roi Charles III qui règne de 1759 à 1788 : des progrès sont accomplis dans l’agriculture, de nouvelles routes sont construites et plus de 70 Sociétés des Amis du pays sont créées par des notables favorables à la recherche économique et sociale.

1779 à 1783 : Lors de la guerre d’Indépendance des États-Unis, débutée en 1776, Cuba noue des liens commerciaux avec les différents États américains. De nombreuses familles de planteurs cubains s’enrichissent alors et profitent en outre de la révolte des Noirs de Saint-Domingue, de 1791 à 1795, qui permet à Cuba de devenir la grande île sucrière. Elle se substitue à Saint-Domingue comme première exportatrice de sucre vers l’Europe et le reste du monde. Les ingenios, c’est-à-dire les plantations, se multiplient sur les côtes et à l’intérieur du pays. Deux régions sont particulièrement vouées à la culture du sucre : la vallée de Güines et la plaine de Colón.

Dès la fin du XVIIIe siècle, le sucre est devenu l’élément essentiel de l’économie cubaine. La monoculture sucrière explique la dépendance économique de l’île vis-à-vis de l’extérieur. Dès 1798, Arango y Parreño note que « Cuba n’a d’autre alternative que celle-ci : ou périr ou vendre son sucre à l’étranger, sans aucune interruption ». En 1800, la production de sucre atteint 26 000 tonnes, contre 1 450 en 1762.

D’un point de vue politique, l’île se divise en deux gouvernements, celui de La Havane et celui de Cuba, qui comprend les districts de Santiago, Bayamo, Holguín et Baracoa, situés dans la partie orientale de l’île. Celle-ci est sous l’autorité d’un capitaine général, Luis de Las Casas y Aragorri de 1790 à 1796.

1789 : L’autorisation d’introduire librement des esclaves à Cuba succède au système de contrôle et de contrats. La traite devient alors une source d’activités des plus lucratives.

1790-1867 : Plus de 780 000 esclaves arrivent à Cuba. Ainsi l’île est le premier importateur d’esclaves de l’empire espagnol.

1790 : Le travail salarié se développe, surtout dans la culture du tabac et l’industrie du sucre.

1791 : Rébellion des esclaves à Saint-Domingue. À partir de 1793, de nombreux réfugiés français arrivent à Cuba où ils contribuent à la révolution agricole : les plantations de café de type français s’y étendent et la production de ce précieux produit connaît une croissance considérable. 

1795 : Nicolas Morales, un Noir libre, crée une organisation favorable à l’indépendance et à l’abolition des taxes levées par le gouvernement espagnol. Pour la première fois, l’idée d’indépendance est évoquée à Cuba.

1790-1860 : L’île connaît l’apogée de l’économie coloniale, favorisée par l’arrivée de nombreux immigrants venus des îles voisines, qui représentent une nouvelle force de travail.
 
La crise de l’Empire espagnol et la longue marche vers l’indépendance
Le XIXe siècle correspond à l’effondrement du système colonial espagnol en Amérique latine. La plupart des pays de l’empire espagnol acquièrent leur indépendance entre 1808 et 1824, alors qu’à Cuba toutes les tentatives de révolte échouent.

L’île intéresse beaucoup les États-Unis. Le président Thomas Jefferson déclare ainsi que, en cas de guerre entre son pays et l’Espagne à propos de la Floride occidentale, les Américains s’empareraient aussi de Cuba dont la position centrale dans le golfe du Mexique représente un atout géostratégique évident. Dans un tel contexte, celui de la fin de l’empire espagnol et de la montée en puissance du grand voisin nord-américain, Cuba s’apprête à vivre, au cours du siècle qui s’ouvre, une histoire des plus mouvementées.

1800 et 1804 : Le baron Alexandre de Humboldt, linguiste et homme politique allemand, visite Cuba et rédige un Essai politique sur l’île de Cuba qui révèle aux Européens ses potentialités en matière économique. Il se lie d’amitié avec Arango, un riche planteur favorable aux nouvelles techniques agricoles.

1804 : Santiago devient archevêché. Cuba compte désormais deux métropoles : La Havane et Santiago.

1807 : L’Angleterre condamne la traite des esclaves africains et critique la poursuite, au profit de Cuba, de cet « odieux commerce ».

1810 : Une rébellion indépendantiste est menée par des Noirs libres dirigés par des créoles francs-maçons. En réaction, une milice de jeunes Blancs se crée d’elle-même pour soutenir les autorités coloniales et la rébellion est réprimée.

1812 : Nouvelle rébellion menée par Aponte, un homme libre de couleur. Celle-ci est sévèrement réprimée. La fréquence des rébellions d’esclaves s’explique par la dureté de leurs conditions d’existence dans les plantations. À l’inverse, les « nègres à talent » ou esclaves domestiques se considèrent supérieurs aux « nègres de culture » et sont mieux traités par leurs maîtres.

1817 : Sous la pression anglaise, l’Espagne accepte de renoncer au commerce des esclaves avant 1820, mais Cuba poursuit la traite.

1818 : La fin du monopole du tabac permet le développement de l’exportation des cigares.

1819 : Fondation de la ville de Cienfuegos par des colons originaires de Bordeaux et de La Nouvelle-Orléans. Elle leur doit le tracé élégant de son plan néo-classique. Cienfuegos est aujourd’hui le troisième pôle industriel du pays après La Havane et Santiago.

1820 : Introduction de la machine à vapeur. Le moulin commence alors à se transformer en sucrerie.

1820-1868 : Cuba connaît des années agitées et ponctuées par diverses révoltes et manifestations indépendantistes.

1823 : Le futur président Adams, alors secrétaire d’État du président Monroe, déclare à propos de Cuba : « Il y a des lois de gravitation politique, comme il y en a de gravitation physique, et de même qu’une pomme détachée de l’arbre par la force du vent ne peut, si elle le voulait, ne pas tomber à terre, Cuba, une fois rompue la connexion qui l’unit à l’Espagne, doit nécessairement graviter vers l’Union nord-américaine. » Quelques mois après Adams, c’est Jefferson qui parle de la possible acquisition de Cuba par les États-Unis. Ces déclarations précèdent la formulation au mois de décembre de la même année de la doctrine Monroe, véritable programme de mainmise nord-américaine sur l’ensemble du Nouveau Monde, au nom de la lutte contre les vieilles métropoles coloniales européennes. À partir des années 1820, l’intérêt des États-Unis pour Cuba s’accroît : les dirigeants de Washington considèrent désormais que la question de Cuba relève de la sécurité nationale.

Au cours des années 1820, Cuba connaît une prospérité sans pareille. En 1827, l’île ne compte pas moins de 3 000 ranches, 5 000 plantations de tabac, 1 000 moulins à sucre et 2 000 grands domaines où l’on cultive le café.

Années 1830 : L’Angleterre abolit l’esclavage dans ses colonies antillaises et fait pression pour que Cuba l’imite. À partir de 1837, les soulèvements favorables à l’abolition de l’esclavage s’y multiplient.

La décennie 1830 voit le fossé s’élargir entre les créoles et les Espagnols. Les premiers souhaitent l’abolition de la traite et de l’esclavage à laquelle s’opposent les seconds. Le créole José Antonio Saco est abolitionniste, mais il revendique aussi l’autonomie de l’île afin que la classe dirigeante locale puisse prendre part aux affaires. Il doit s’exiler. Un courant « annexionniste » apparaît parmi les créoles : des individus se tournent vers les États-Unis auxquels ils souhaitent rattacher Cuba pour des raisons économiques et de sécurité intérieure. Mais les annexionnistes connaissent des échecs répétés en 1848, 1851 et 1854 en raison de leur faible nombre puis de l’opposition de Saco qui souhaite la totale indépendance de l’île.

1836 : Le général Tacon refuse d’appliquer à Cuba la Constitution libérale qui vient d’être adoptée en Espagne. Les députés cubains ne sont pas autorisés à siéger aux Cortes à Madrid, ce qui confirme la vanité des efforts du parti réformiste réunissant de grands propriétaires, des négociants créoles et des intellectuels.

1839 : Une bulle pontificale interdit la traite et condamne ceux qui la pratiquent à l’excommunication.

1840 : Cuba, qui produit alors 200 000 tonnes de sucre, 4 millions de tonnes de tabac et 536 000 quintaux de café, connaît toujours une très grande prospérité.

1841-1843 : Le capitaine général Geronimo Valdes s’oppose à l’arrivée de nouveaux esclaves à Cuba et en affranchit de nombreux. Cependant, 200 000 esclaves au moins débarquent encore dans l’île entre 1840 et 1860. En 1841, l’île compte 420 000 esclaves, soit 43 % de sa population. Le système esclavagiste perdure jusqu’à une date tardive, notamment pour satisfaire les grands propriétaires latifundistes. Les Blancs, minoritaires dans l’île, sont effrayés à l’idée que l’émancipation des Noirs risque de les conduire à s’organiser contre eux.

1843 : Début de la rébellion des esclaves des plantations sucrières de la région de Cardenas. Elle porte le nom de conspiration de La Escalera, du nom de l’échelle de bois à laquelle on attachait les esclaves pour leur faire passer le goût de la révolte. Cette rébellion, qui mêle à la fois esclaves et Noirs libres, est la plus importante depuis celle d’Aponte en 1812 et avant celle de 1868. Des centaines de Noirs sont arrêtés.

Vers 1850 : L’industrie du tabac est florissante, les ateliers s’agrandissant et le machinisme faisant son apparition. La Havane compte alors 15 000 ouvriers du tabac qui produisent les fameux cigares. À la même époque, Cuba est le troisième producteur mondial de café.

1848 et 1854 : Les États-Unis proposent à l’Espagne d’acheter Cuba dont ils sont devenus le principal partenaire commercial. Les liaisons maritimes entre les ports américains et cubains sont très fréquentes et les navires américains s’approvisionnent à Cuba en sucre, cacao, tabac et café. L’Espagne n’occupe plus désormais que le second rang dans les échanges commerciaux de l’île, où les Américains sont désormais fort nombreux à s’établir. Ils y envoient des émissaires, des hommes chargés de développer la haine à l’égard de l’Espagne et d’encourager les partisans de l’annexion. Parmi ces individus se trouve Narciso Lopez, un ancien officier espagnol qui a été gouverneur de Valence et de Madrid. Il émigre à Cuba et, inspiré par les idées de Bolivar, devient partisan de l’indépendance. Il lance deux expéditions pour libérer l’île et la rattacher aux États-Unis, la première depuis La Nouvelle-Orléans en 1850 et la seconde l’année suivante. Il est alors fait prisonnier et exécuté peu de temps après.

1853-1873 : 130 000 coolies chinois arrivent pour travailler dans les plantations et la construction ferroviaire.

1860-1861 : Pour la première fois, le recensement montre que la population blanche est majoritaire.

1865 : Après l’échec de l’annexionnisme, naissance du parti réformiste qui obtient la constitution d’une Junte d’information. Celle-ci doit se réunir à Madrid pour examiner les problèmes de Cuba et élaborer les fondements des lois spéciales prévues pour l’île. Elle fonctionne de 1865 à 1868. Les réformistes, en dépit de leur nom, ont été les défenseurs des propriétaires esclavagistes. Ils se montrent favorables à la liberté du commerce avec les États-Unis et demandent une réforme douanière, la fin de la traite et une représentation aux Cortes. Les négociations échouent et les grands propriétaires envisagent alors la lutte armée comme ultime solution pour obtenir l’indépendance.

10 octobre 1868 : Début de la révolution de Yara et de la guerre de Dix Ans. Carlos Manuel de Céspedes proclame Cuba libre dans sa propriété de La Demajagua : il s’agit du premier acte de trente années de lutte pour l’indépendance. Cette journée a été préparée de longue date par un groupe de patriotes de Manzanillo, parmi lesquels deux grands propriétaires, Carlos Manuel de Céspedes et Francisco Vicente Aguilera, excédés par les abus fiscaux espagnols et la trop grande dépendance de l’île vis-à-vis de la métropole. Ce groupe s’était mué en une loge maçonnique dont les membres se réunissaient sous le sceau du secret, ce qui explique que la rébellion ait été préparée dans la plus grande discrétion. Ce 10 octobre, un véritable soulèvement secoue l’île : Céspedes a rassemblé 160 partisans ou mambis à La Demajagua et annonce qu’il a libéré et armé ses esclaves. Une colonne se met en marche, remporte des victoires à Yara, Jiguani et s’empare de la ville de Bayamo. De nombreux esclaves libérés et des paysans cubains se joignent au mouvement.

Novembre 1868 : La révolte s’étend à l’ouest, vers Camagüey, menée par deux hommes issues de riches familles de planteurs, Salvador Cisneros Betancourt et Ignacio Agramonte rejoints par un soldat, Manuel de Quesada.

La guerre de Dix Ans est à la fois une guerre civile et une guerre raciale opposant des propriétaires, des esclaves et des hommes de couleur libres à l’armée espagnole soutenue par d’autres propriétaires.

Janvier 1869 : Les forces de Céspedes sont défaites.

Février 1869 : L’Assemblée réunie par le pouvoir insurrectionnel, qui s’est proclamé la « République en armes », abolit l’esclavage de manière immédiate et sans compensation ni rachat.

L’Espagne entreprend la répression : Céspedes doit abandonner Bayamo et le pouvoir civil de Cuba libre se dissout. La Havane, tenue par les Espagnols, est en proie à la violence, due à la formation d’un corps contre-révolutionnaire de 30 000 hommes qui multiplie assassinats, déportations et incendies de plantations.

Avril 1869 : Adoption d’une Constitution à l’Assemblée de Guaimaró qui prévoit une Assemblée unique nommant le président de la République. Céspedes devient président et Aguilera secrétaire à la guerre. Dès 1869 apparaissent au sein du camp rebelle des divisions entre partisans de l’indépendance et partisans de l’annexion aux États-Unis.

1873 : Début de l’éphémère Ire République espagnole qui dure jusqu’en 1874, l’année qui voit l’avènement du roi Alphonse XII. Les troubles que connaît la métropole n’empêchent en rien la poursuite de la guerre et aucun des deux camps ne parvient à l’emporter sur l’autre pendant plusieurs années.

1873 : Alors que la guerre se poursuit et qu’aucun compromis ne semble possible, le mécontentement apparaît au sein du camp indépendantiste. Céspedes est alors remplacé à la présidence par Cisneros Betancourt.

1874 : Céspedes est tué dans une escarmouche.

1877 : Le général Martinez Campos, jeune officier qui a combattu à Cuba, arrive comme capitaine général dans l’île pour mettre fin à la guerre. Il défait les indépendantistes.

19 février 1878 : Le pacte de Zanjón officialise la paix. Il signifie le déclin temporaire des aspirations indépendantistes et l’échec du gouvernement de Cuba libre qui a pourtant réussi à durer plusieurs années. Les espérances indépendantistes perdurent au cours des années suivantes et la domination espagnole est désormais rendue responsable de l’injustice sociale. Le traité est parfois mal accepté : le leader noir Maceo, qui tient à l’indépendance et à l’abolition de l’esclavage, s’y oppose et finit par s’exiler.

Le bilan économique de la guerre est lourd : plus de la moitié des ingenios, les plantations ont été dévastées. En outre, de nombreux propriétaires en sortent endettés lorsqu’ils n’y ont pas trouvé la mort. C’est alors que les grands propriétaires terriens perdent leur statut de classe dirigeante au profit des classes moyennes, des paysans et des ouvriers qui obtiendront l’indépendance de Cuba. La guerre a accéléré le développement du processus abolitionniste.

1880 : L’esclavage laisse progressivement la place au salariat et des associations de Noirs voient le jour.

1883 : Pour la première fois, une exploitation sucrière devient la propriété d’une société américaine. Les investissements américains se poursuivent pendant la décennie 1880. En 1895, les États-Unis auront investi à Cuba près de 50 millions de dollars.

1886 : Abolition généralisée de l’esclavage. Cependant, en raison de la faiblesse des salaires des guajiros, c’est-à-dire des paysans cubains, la misère reste grande dans les campagnes.

1891 : Le traité commercial conclu entre Cuba et les États-Unis est à l’origine d’une forte augmentation de la production sucrière de l’île. Le sucre cubain est acheté à 95 % par les États-Unis, qui fournissent en échange à l’île de nombreux produits manufacturés.

1892 : Lors du Ier Congrès des associations noires, plus de cent groupes sont présents. Les Noirs s’affirment désormais comme une force importante au sein de la population cubaine.

10 avril 1892 : Naissance du Parti révolutionnaire cubain (PRC) censé être l’instrument de l’unité nationale et coordonner l’action des diverses factions anticoloniales. Le fondateur en est José Martí, penseur né en 1853 d’immigrés espagnols, ardent patriote et anticolonialiste farouche. Il écrit en effet : « La patrie exige des sacrifices. Elle est un autel et non un piédestal. On est à son service et on ne saurait s’en servir. » Le nouveau parti doit « créer une nation ample et généreuse fondée sur le travail et l’équité » dans un esprit démocratique. À ses yeux, le problème cubain est essentiellement racial : il parle dans une lettre à Maceo, l’un des futurs leaders du mouvement indépendantiste cubain, de la nécessité du pardon et de l’égalité entre les deux races.

Pour Martí, indépendance et révolution sont deux choses bien distinctes. Il faut la première pour pouvoir donner tous leurs droits aux prolétaires, comme le préconise Marx dont il s’inspire. L’indépendance doit s’acquérir sans l’aide des États-Unis que Martí qualifie de monstre et Cuba doit se forger des institutions nouvelles qui lui soient propres et non importées de l’étranger. Déjà en mars 1889, Martí avait publié dans The Evening Post un article intitulé « Défense de Cuba », où il s’opposait à une éventuelle annexion aux États-Unis. Martí prône l’hispano-américanisme en opposition à l’impérialisme américain.

1893 : Le gouverneur Emilio Calleja accorde l’égalité civile aux Noirs de l’île.

1894 : La situation est difficile à Cuba à tous points de vue. Sur le plan politique, à Madrid, les Cortes repoussent un projet de statut pour Cuba présenté par Antonio Maura, ministre espagnol des Territoires d’outre-mer. Quant à la situation économique, elle n’est guère florissante en raison de la chute des prix du sucre qui entraîne une augmentation du chômage. À la même date, Martí tire la conclusion que les Cubains n’ont d’autre solution pour s’affranchir de la tutelle espagnole que la lutte armée et la guerre révolutionnaire.

24 février 1895 : La guerre d’indépendance débute à Baire sous l’impulsion de José Martí qui la prépare depuis de longues années. Plusieurs éléments du contexte international favorisent le déclenchement de l’insurrection : la dépression mondiale de 1893, la chute des cours de la canne à sucre concurrencée par la betterave, ainsi que l’agitation des anciens esclaves qui se sentent oubliés depuis la loi d’émancipation de 1886.

23 mars 1895 : Martí signe avec Maximo Gómez, chef militaire du soulèvement, le Manifeste de Montecristi qui expose les buts de guerre. On y lit ainsi : « La guerre, dès le départ saine et vigoureuse, que rouvre aujourd’hui Cuba… ne se réduit plus seulement, aujourd’hui, au pieux désir de rendre pleine vie au peuple… La guerre d’indépendance de Cuba, nœud de cette gerbe d’îles où se rencontreront, d’ici à quelques années, les messagers commerciaux des divers continents, est un événement de grande portée humaine ; c’est un service à point nommé que l’héroïsme judicieux des Antilles rend aux nations américaines, à l’équité de leurs rapports ainsi qu’à l’équilibre encore mal assuré du monde. »

Des rebelles arrivent du Costa Rica et de Saint-Domingue et envahissent la partie orientale de l’île. En réaction, l’Espagne envoie des troupes qui mènent une répression sévère.

15 avril 1895 : Martí est nommé major général de l’Armée de libération.

21 avril 1895 : A. Maceo prend la tête de la province d’Oriente, bientôt rejoint par José Martí, chef civil de la guerre et par M. Gómez.

19 mai 1895 : Martí est tué à Dos Rios en combattant contre les Espagnols. La perte est énorme pour les partisans de la révolution.

Septembre 1895 : La Constitution de Jimaguayu instaure une République démocratique et les mambis, les indépendantistes, obtiennent des succès militaires. La guerre contre les Espagnols est terrible et les pertes humaines sont nombreuses.

1896 : Les civils cubains sont victimes de la répression menée par le général Valeriano Weyler qui applique la reconcentracíon consistant à regrouper les femmes et les enfants dans des camps. Les conditions de vie y sont si difficiles que beaucoup y meurent. Weyler avait expérimenté ce système à petite échelle durant la guerre de Dix Ans et ses méthodes sont immédiatement critiquées par les États-Unis et les exilés cubains qui s’y trouvent.

Décembre 1896 : Mort du leader indépendantiste noir Maceo, tué par surprise par des Espagnols. La mort de celui que l’on nommait « le Titan de bronze » est un coup dur pour l’Armée de libération. Seul reste Maximo Gómez qui doit mener la guérilla.

1897 : Les événements sont favorables à l’Espagne qui rappelle le général Weyler. Il est alors remplacé par le général Blanco chargé d’une « mission de pacification ». Celui-ci constitue un gouvernement formé d’autonomistes et de réformistes de La Havane, mais refusé par les mambis. Cela provoque des émeutes dans la capitale. Pour protéger leurs intérêts à Cuba, les États-Unis y envoient le cuirassé Maine. C’est le début de l’intervention et de l’invasion américaines à Cuba. Cependant, sans les États-Unis, l’indépendance à Cuba n’aurait pas été possible.

25 janvier 1898 : Le cuirassé Maine jette l’ancre à La Havane.

15 février 1898 : L’explosion du cuirassé Maine dans le port de La Havane, où 260 soldats américains trouvent la mort, justifie l’intervention américaine. Le Sénat vote l’intervention directe en déclarant la guerre à l’Espagne « pour la libération de Cuba ».

10 avril 1898 : La reine d’Espagne demande l’armistice mais aux États-Unis le parti belliciste l’emporte au Sénat qui vote la guerre par 42 voix contre 35. Cette guerre « pour la libération de Cuba », qui doit être « altruiste et morale », est aisément menée par les États-Unis sur mer comme sur terre.

20 avril 1898 : Les États-Unis signent la Joint Resolution, dans laquelle ils s’engagent à ne pas exercer de domination sur Cuba, excepté dans le cadre de la pacification de l’île. En fait, ils se donnent la possibilité de fixer le type de gouvernement de Cuba après la pacification et ne reconnaissent pas la République en armes comme gouvernement. Cuba est rapidement occupée militairement par les Américains et placée sous l’autorité d’un général américain.

25 octobre 1898 : Le traité de Paris ôte à l’Espagne Cuba, les Philippines, Porto Rico et l’île de Guam. Cuba obtient l’indépendance mais celle-ci se révèle en réalité toute formelle en raison de la mise en place d’un statut provisoire de tutelle américaine, accompagnée d’une occupation militaire de quatre années. Cette forme de néo-colonialisme politique se substitue au joug espagnol et ne fait que renforcer la présence économique et commerciale des Américains sur l’île. Les trente années de lutte pour l’indépendance ont été inutiles. Contrairement à ce qui s’était passé dans les autres colonies de l’empire espagnol, les colons espagnols ne quittent pas Cuba dont la société reste coloniale. La stratégie d’intervention des États-Unis, inspirée à la fois par des motifs géopolitiques et des intérêts commerciaux, a été finalement couronnée de succès.

Le XIXe siècle correspond à l’effondrement du système colonial espagnol en Amérique latine. La plupart des pays de l’empire espagnol acquièrent leur indépendance entre 1808 et 1824, alors qu’à Cuba toutes les tentatives de révolte échouent.

L’île intéresse beaucoup les États-Unis. Le président Thomas Jefferson déclare ainsi que, en cas de guerre entre son pays et l’Espagne à propos de la Floride occidentale, les Américains s’empareraient aussi de Cuba dont la position centrale dans le golfe du Mexique représente un atout géostratégique évident. Dans un tel contexte, celui de la fin de l’empire espagnol et de la montée en puissance du grand voisin nord-américain, Cuba s’apprête à vivre, au cours du siècle qui s’ouvre, une histoire des plus mouvementées.

1800 et 1804 : Le baron Alexandre de Humboldt, linguiste et homme politique allemand, visite Cuba et rédige un Essai politique sur l’île de Cuba qui révèle aux Européens ses potentialités en matière économique. Il se lie d’amitié avec Arango, un riche planteur favorable aux nouvelles techniques agricoles.

1804 : Santiago devient archevêché. Cuba compte désormais deux métropoles : La Havane et Santiago.

1807 : L’Angleterre condamne la traite des esclaves africains et critique la poursuite, au profit de Cuba, de cet « odieux commerce ».

1810 : Une rébellion indépendantiste est menée par des Noirs libres dirigés par des créoles francs-maçons. En réaction, une milice de jeunes Blancs se crée d’elle-même pour soutenir les autorités coloniales et la rébellion est réprimée.

1812 : Nouvelle rébellion menée par Aponte, un homme libre de couleur. Celle-ci est sévèrement réprimée. La fréquence des rébellions d’esclaves s’explique par la dureté de leurs conditions d’existence dans les plantations. À l’inverse, les « nègres à talent » ou esclaves domestiques se considèrent supérieurs aux « nègres de culture » et sont mieux traités par leurs maîtres.

1817 : Sous la pression anglaise, l’Espagne accepte de renoncer au commerce des esclaves avant 1820, mais Cuba poursuit la traite.

1818 : La fin du monopole du tabac permet le développement de l’exportation des cigares.

1819 : Fondation de la ville de Cienfuegos par des colons originaires de Bordeaux et de La Nouvelle-Orléans. Elle leur doit le tracé élégant de son plan néo-classique. Cienfuegos est aujourd’hui le troisième pôle industriel du pays après La Havane et Santiago.

1820 : Introduction de la machine à vapeur. Le moulin commence alors à se transformer en sucrerie.

1820-1868 : Cuba connaît des années agitées et ponctuées par diverses révoltes et manifestations indépendantistes.

1823 : Le futur président Adams, alors secrétaire d’État du président Monroe, déclare à propos de Cuba : « Il y a des lois de gravitation politique, comme il y en a de gravitation physique, et de même qu’une pomme détachée de l’arbre par la force du vent ne peut, si elle le voulait, ne pas tomber à terre, Cuba, une fois rompue la connexion qui l’unit à l’Espagne, doit nécessairement graviter vers l’Union nord-américaine. » Quelques mois après Adams, c’est Jefferson qui parle de la possible acquisition de Cuba par les États-Unis. Ces déclarations précèdent la formulation au mois de décembre de la même année de la doctrine Monroe, véritable programme de mainmise nord-américaine sur l’ensemble du Nouveau Monde, au nom de la lutte contre les vieilles métropoles coloniales européennes. À partir des années 1820, l’intérêt des États-Unis pour Cuba s’accroît : les dirigeants de Washington considèrent désormais que la question de Cuba relève de la sécurité nationale.

Au cours des années 1820, Cuba connaît une prospérité sans pareille. En 1827, l’île ne compte pas moins de 3 000 ranches, 5 000 plantations de tabac, 1 000 moulins à sucre et 2 000 grands domaines où l’on cultive le café.

Années 1830 : L’Angleterre abolit l’esclavage dans ses colonies antillaises et fait pression pour que Cuba l’imite. À partir de 1837, les soulèvements favorables à l’abolition de l’esclavage s’y multiplient.

La décennie 1830 voit le fossé s’élargir entre les créoles et les Espagnols. Les premiers souhaitent l’abolition de la traite et de l’esclavage à laquelle s’opposent les seconds. Le créole José Antonio Saco est abolitionniste, mais il revendique aussi l’autonomie de l’île afin que la classe dirigeante locale puisse prendre part aux affaires. Il doit s’exiler. Un courant « annexionniste » apparaît parmi les créoles : des individus se tournent vers les États-Unis auxquels ils souhaitent rattacher Cuba pour des raisons économiques et de sécurité intérieure. Mais les annexionnistes connaissent des échecs répétés en 1848, 1851 et 1854 en raison de leur faible nombre puis de l’opposition de Saco qui souhaite la totale indépendance de l’île.

1836 : Le général Tacon refuse d’appliquer à Cuba la Constitution libérale qui vient d’être adoptée en Espagne. Les députés cubains ne sont pas autorisés à siéger aux Cortes à Madrid, ce qui confirme la vanité des efforts du parti réformiste réunissant de grands propriétaires, des négociants créoles et des intellectuels.

1839 : Une bulle pontificale interdit la traite et condamne ceux qui la pratiquent à l’excommunication.

1840 : Cuba, qui produit alors 200 000 tonnes de sucre, 4 millions de tonnes de tabac et 536 000 quintaux de café, connaît toujours une très grande prospérité.

1841-1843 : Le capitaine général Geronimo Valdes s’oppose à l’arrivée de nouveaux esclaves à Cuba et en affranchit de nombreux. Cependant, 200 000 esclaves au moins débarquent encore dans l’île entre 1840 et 1860. En 1841, l’île compte 420 000 esclaves, soit 43 % de sa population. Le système esclavagiste perdure jusqu’à une date tardive, notamment pour satisfaire les grands propriétaires latifundistes. Les Blancs, minoritaires dans l’île, sont effrayés à l’idée que l’émancipation des Noirs risque de les conduire à s’organiser contre eux.

1843 : Début de la rébellion des esclaves des plantations sucrières de la région de Cardenas. Elle porte le nom de conspiration de La Escalera, du nom de l’échelle de bois à laquelle on attachait les esclaves pour leur faire passer le goût de la révolte. Cette rébellion, qui mêle à la fois esclaves et Noirs libres, est la plus importante depuis celle d’Aponte en 1812 et avant celle de 1868. Des centaines de Noirs sont arrêtés.

Vers 1850 : L’industrie du tabac est florissante, les ateliers s’agrandissant et le machinisme faisant son apparition. La Havane compte alors 15 000 ouvriers du tabac qui produisent les fameux cigares. À la même époque, Cuba est le troisième producteur mondial de café.

1848 et 1854 : Les États-Unis proposent à l’Espagne d’acheter Cuba dont ils sont devenus le principal partenaire commercial. Les liaisons maritimes entre les ports américains et cubains sont très fréquentes et les navires américains s’approvisionnent à Cuba en sucre, cacao, tabac et café. L’Espagne n’occupe plus désormais que le second rang dans les échanges commerciaux de l’île, où les Américains sont désormais fort nombreux à s’établir. Ils y envoient des émissaires, des hommes chargés de développer la haine à l’égard de l’Espagne et d’encourager les partisans de l’annexion. Parmi ces individus se trouve Narciso Lopez, un ancien officier espagnol qui a été gouverneur de Valence et de Madrid. Il émigre à Cuba et, inspiré par les idées de Bolivar, devient partisan de l’indépendance. Il lance deux expéditions pour libérer l’île et la rattacher aux États-Unis, la première depuis La Nouvelle-Orléans en 1850 et la seconde l’année suivante. Il est alors fait prisonnier et exécuté peu de temps après.

1853-1873 : 130 000 coolies chinois arrivent pour travailler dans les plantations et la construction ferroviaire.

1860-1861 : Pour la première fois, le recensement montre que la population blanche est majoritaire.

1865 : Après l’échec de l’annexionnisme, naissance du parti réformiste qui obtient la constitution d’une Junte d’information. Celle-ci doit se réunir à Madrid pour examiner les problèmes de Cuba et élaborer les fondements des lois spéciales prévues pour l’île. Elle fonctionne de 1865 à 1868. Les réformistes, en dépit de leur nom, ont été les défenseurs des propriétaires esclavagistes. Ils se montrent favorables à la liberté du commerce avec les États-Unis et demandent une réforme douanière, la fin de la traite et une représentation aux Cortes. Les négociations échouent et les grands propriétaires envisagent alors la lutte armée comme ultime solution pour obtenir l’indépendance.

10 octobre 1868 : Début de la révolution de Yara et de la guerre de Dix Ans. Carlos Manuel de Céspedes proclame Cuba libre dans sa propriété de La Demajagua : il s’agit du premier acte de trente années de lutte pour l’indépendance. Cette journée a été préparée de longue date par un groupe de patriotes de Manzanillo, parmi lesquels deux grands propriétaires, Carlos Manuel de Céspedes et Francisco Vicente Aguilera, excédés par les abus fiscaux espagnols et la trop grande dépendance de l’île vis-à-vis de la métropole. Ce groupe s’était mué en une loge maçonnique dont les membres se réunissaient sous le sceau du secret, ce qui explique que la rébellion ait été préparée dans la plus grande discrétion. Ce 10 octobre, un véritable soulèvement secoue l’île : Céspedes a rassemblé 160 partisans ou mambis à La Demajagua et annonce qu’il a libéré et armé ses esclaves. Une colonne se met en marche, remporte des victoires à Yara, Jiguani et s’empare de la ville de Bayamo. De nombreux esclaves libérés et des paysans cubains se joignent au mouvement.

Novembre 1868 : La révolte s’étend à l’ouest, vers Camagüey, menée par deux hommes issues de riches familles de planteurs, Salvador Cisneros Betancourt et Ignacio Agramonte rejoints par un soldat, Manuel de Quesada.

La guerre de Dix Ans est à la fois une guerre civile et une guerre raciale opposant des propriétaires, des esclaves et des hommes de couleur libres à l’armée espagnole soutenue par d’autres propriétaires.

Janvier 1869 : Les forces de Céspedes sont défaites.

Février 1869 : L’Assemblée réunie par le pouvoir insurrectionnel, qui s’est proclamé la « République en armes », abolit l’esclavage de manière immédiate et sans compensation ni rachat.

L’Espagne entreprend la répression : Céspedes doit abandonner Bayamo et le pouvoir civil de Cuba libre se dissout. La Havane, tenue par les Espagnols, est en proie à la violence, due à la formation d’un corps contre-révolutionnaire de 30 000 hommes qui multiplie assassinats, déportations et incendies de plantations.

Avril 1869 : Adoption d’une Constitution à l’Assemblée de Guaimaró qui prévoit une Assemblée unique nommant le président de la République. Céspedes devient président et Aguilera secrétaire à la guerre. Dès 1869 apparaissent au sein du camp rebelle des divisions entre partisans de l’indépendance et partisans de l’annexion aux États-Unis.

1873 : Début de l’éphémère Ire République espagnole qui dure jusqu’en 1874, l’année qui voit l’avènement du roi Alphonse XII. Les troubles que connaît la métropole n’empêchent en rien la poursuite de la guerre et aucun des deux camps ne parvient à l’emporter sur l’autre pendant plusieurs années.

1873 : Alors que la guerre se poursuit et qu’aucun compromis ne semble possible, le mécontentement apparaît au sein du camp indépendantiste. Céspedes est alors remplacé à la présidence par Cisneros Betancourt.

1874 : Céspedes est tué dans une escarmouche.

1877 : Le général Martinez Campos, jeune officier qui a combattu à Cuba, arrive comme capitaine général dans l’île pour mettre fin à la guerre. Il défait les indépendantistes.

19 février 1878 : Le pacte de Zanjón officialise la paix. Il signifie le déclin temporaire des aspirations indépendantistes et l’échec du gouvernement de Cuba libre qui a pourtant réussi à durer plusieurs années. Les espérances indépendantistes perdurent au cours des années suivantes et la domination espagnole est désormais rendue responsable de l’injustice sociale. Le traité est parfois mal accepté : le leader noir Maceo, qui tient à l’indépendance et à l’abolition de l’esclavage, s’y oppose et finit par s’exiler.

Le bilan économique de la guerre est lourd : plus de la moitié des ingenios, les plantations ont été dévastées. En outre, de nombreux propriétaires en sortent endettés lorsqu’ils n’y ont pas trouvé la mort. C’est alors que les grands propriétaires terriens perdent leur statut de classe dirigeante au profit des classes moyennes, des paysans et des ouvriers qui obtiendront l’indépendance de Cuba. La guerre a accéléré le développement du processus abolitionniste.

1880 : L’esclavage laisse progressivement la place au salariat et des associations de Noirs voient le jour.

1883 : Pour la première fois, une exploitation sucrière devient la propriété d’une société américaine. Les investissements américains se poursuivent pendant la décennie 1880. En 1895, les États-Unis auront investi à Cuba près de 50 millions de dollars.

1886 : Abolition généralisée de l’esclavage. Cependant, en raison de la faiblesse des salaires des guajiros, c’est-à-dire des paysans cubains, la misère reste grande dans les campagnes.

1891 : Le traité commercial conclu entre Cuba et les États-Unis est à l’origine d’une forte augmentation de la production sucrière de l’île. Le sucre cubain est acheté à 95 % par les États-Unis, qui fournissent en échange à l’île de nombreux produits manufacturés.

1892 : Lors du Ier Congrès des associations noires, plus de cent groupes sont présents. Les Noirs s’affirment désormais comme une force importante au sein de la population cubaine.

10 avril 1892 : Naissance du Parti révolutionnaire cubain (PRC) censé être l’instrument de l’unité nationale et coordonner l’action des diverses factions anticoloniales. Le fondateur en est José Martí, penseur né en 1853 d’immigrés espagnols, ardent patriote et anticolonialiste farouche. Il écrit en effet : « La patrie exige des sacrifices. Elle est un autel et non un piédestal. On est à son service et on ne saurait s’en servir. » Le nouveau parti doit « créer une nation ample et généreuse fondée sur le travail et l’équité » dans un esprit démocratique. À ses yeux, le problème cubain est essentiellement racial : il parle dans une lettre à Maceo, l’un des futurs leaders du mouvement indépendantiste cubain, de la nécessité du pardon et de l’égalité entre les deux races.

Pour Martí, indépendance et révolution sont deux choses bien distinctes. Il faut la première pour pouvoir donner tous leurs droits aux prolétaires, comme le préconise Marx dont il s’inspire. L’indépendance doit s’acquérir sans l’aide des États-Unis que Martí qualifie de monstre et Cuba doit se forger des institutions nouvelles qui lui soient propres et non importées de l’étranger. Déjà en mars 1889, Martí avait publié dans The Evening Post un article intitulé « Défense de Cuba », où il s’opposait à une éventuelle annexion aux États-Unis. Martí prône l’hispano-américanisme en opposition à l’impérialisme américain.

1893 : Le gouverneur Emilio Calleja accorde l’égalité civile aux Noirs de l’île.

1894 : La situation est difficile à Cuba à tous points de vue. Sur le plan politique, à Madrid, les Cortes repoussent un projet de statut pour Cuba présenté par Antonio Maura, ministre espagnol des Territoires d’outre-mer. Quant à la situation économique, elle n’est guère florissante en raison de la chute des prix du sucre qui entraîne une augmentation du chômage. À la même date, Martí tire la conclusion que les Cubains n’ont d’autre solution pour s’affranchir de la tutelle espagnole que la lutte armée et la guerre révolutionnaire.

24 février 1895 : La guerre d’indépendance débute à Baire sous l’impulsion de José Martí qui la prépare depuis de longues années. Plusieurs éléments du contexte international favorisent le déclenchement de l’insurrection : la dépression mondiale de 1893, la chute des cours de la canne à sucre concurrencée par la betterave, ainsi que l’agitation des anciens esclaves qui se sentent oubliés depuis la loi d’émancipation de 1886.

23 mars 1895 : Martí signe avec Maximo Gómez, chef militaire du soulèvement, le Manifeste de Montecristi qui expose les buts de guerre. On y lit ainsi : « La guerre, dès le départ saine et vigoureuse, que rouvre aujourd’hui Cuba… ne se réduit plus seulement, aujourd’hui, au pieux désir de rendre pleine vie au peuple… La guerre d’indépendance de Cuba, nœud de cette gerbe d’îles où se rencontreront, d’ici à quelques années, les messagers commerciaux des divers continents, est un événement de grande portée humaine ; c’est un service à point nommé que l’héroïsme judicieux des Antilles rend aux nations américaines, à l’équité de leurs rapports ainsi qu’à l’équilibre encore mal assuré du monde. »

Des rebelles arrivent du Costa Rica et de Saint-Domingue et envahissent la partie orientale de l’île. En réaction, l’Espagne envoie des troupes qui mènent une répression sévère.

15 avril 1895 : Martí est nommé major général de l’Armée de libération.

21 avril 1895 : A. Maceo prend la tête de la province d’Oriente, bientôt rejoint par José Martí, chef civil de la guerre et par M. Gómez.

19 mai 1895 : Martí est tué à Dos Rios en combattant contre les Espagnols. La perte est énorme pour les partisans de la révolution.

Septembre 1895 : La Constitution de Jimaguayu instaure une République démocratique et les mambis, les indépendantistes, obtiennent des succès militaires. La guerre contre les Espagnols est terrible et les pertes humaines sont nombreuses.

1896 : Les civils cubains sont victimes de la répression menée par le général Valeriano Weyler qui applique la reconcentracíon consistant à regrouper les femmes et les enfants dans des camps. Les conditions de vie y sont si difficiles que beaucoup y meurent. Weyler avait expérimenté ce système à petite échelle durant la guerre de Dix Ans et ses méthodes sont immédiatement critiquées par les États-Unis et les exilés cubains qui s’y trouvent.

Décembre 1896 : Mort du leader indépendantiste noir Maceo, tué par surprise par des Espagnols. La mort de celui que l’on nommait « le Titan de bronze » est un coup dur pour l’Armée de libération. Seul reste Maximo Gómez qui doit mener la guérilla.

1897 : Les événements sont favorables à l’Espagne qui rappelle le général Weyler. Il est alors remplacé par le général Blanco chargé d’une « mission de pacification ». Celui-ci constitue un gouvernement formé d’autonomistes et de réformistes de La Havane, mais refusé par les mambis. Cela provoque des émeutes dans la capitale. Pour protéger leurs intérêts à Cuba, les États-Unis y envoient le cuirassé Maine. C’est le début de l’intervention et de l’invasion américaines à Cuba. Cependant, sans les États-Unis, l’indépendance à Cuba n’aurait pas été possible.

25 janvier 1898 : Le cuirassé Maine jette l’ancre à La Havane.

15 février 1898 : L’explosion du cuirassé Maine dans le port de La Havane, où 260 soldats américains trouvent la mort, justifie l’intervention américaine. Le Sénat vote l’intervention directe en déclarant la guerre à l’Espagne « pour la libération de Cuba ».

10 avril 1898 : La reine d’Espagne demande l’armistice mais aux États-Unis le parti belliciste l’emporte au Sénat qui vote la guerre par 42 voix contre 35. Cette guerre « pour la libération de Cuba », qui doit être « altruiste et morale », est aisément menée par les États-Unis sur mer comme sur terre.

20 avril 1898 : Les États-Unis signent la Joint Resolution, dans laquelle ils s’engagent à ne pas exercer de domination sur Cuba, excepté dans le cadre de la pacification de l’île. En fait, ils se donnent la possibilité de fixer le type de gouvernement de Cuba après la pacification et ne reconnaissent pas la République en armes comme gouvernement. Cuba est rapidement occupée militairement par les Américains et placée sous l’autorité d’un général américain.

25 octobre 1898 : Le traité de Paris ôte à l’Espagne Cuba, les Philippines, Porto Rico et l’île de Guam. Cuba obtient l’indépendance mais celle-ci se révèle en réalité toute formelle en raison de la mise en place d’un statut provisoire de tutelle américaine, accompagnée d’une occupation militaire de quatre années. Cette forme de néo-colonialisme politique se substitue au joug espagnol et ne fait que renforcer la présence économique et commerciale des Américains sur l’île. Les trente années de lutte pour l’indépendance ont été inutiles. Contrairement à ce qui s’était passé dans les autres colonies de l’empire espagnol, les colons espagnols ne quittent pas Cuba dont la société reste coloniale. La stratégie d’intervention des États-Unis, inspirée à la fois par des motifs géopolitiques et des intérêts commerciaux, a été finalement couronnée de succès.
 
L’indépendance sous le contrôle du « grand frère » américain
1898 à 1901 : Les États-Unis occupent Cuba où se trouvent 6 000 de leurs soldats.

1899 : Doté de très nombreux pouvoirs, le général Wood se voit confier le gouvernement de l’île. Les officiels et les employés espagnols de l’administration conservent leurs postes, alors que les Cubains sont, eux, moins bien traités : les nouveaux dirigeants de Cuba dédaignent la population locale et particulièrement les Noirs. Des écoles fonctionnant sur le modèle américain sont fondées par des méthodistes qui veulent convertir la population.

1899 : Naissance de la Cuban American Sugar Co et de la Cuba Central Railways Ltd ; les investissements nord-américains se multiplient à Cuba et cette tendance se confirme jusqu’à la grande dépression des années 1920. Cependant, dès 1899-1900, les États-Unis s’inquiètent du coût de leur mainmise sur l’île.

Dans les vingt premières années du XXe siècle, l’immigration espagnole se poursuit à Cuba qui reçoit des colons, dont certains sont des militants anarcho-syndicalistes.

1900 : Premières élections au suffrage censitaire à Cuba. Les municipales ont lieu en juin, suivies en décembre des législatives pour désigner une Assemblée constituante. Les municipales sont remportées par les partisans de l’indépendance que les États-Unis doivent désormais admettre comme inévitable.

1901 : Une Assemblée constituante réunie à La Havane adopte la Loi fondamentale de la nouvelle République.

Mars 1901 : Adoption par l’Assemblée cubaine d’un texte qui prend force de loi et stipule que « le gouvernement de Cuba accorde aux États-Unis le droit d’intervenir pour garantir l’indépendance et pour aider tout gouvernement à protéger les vies, la propriété et la liberté individuelle ».

1902 : L’American Tobacco Co achète de nombreuses marques de fabrique de tabac à Cuba, signe de la mainmise américaine sur l’économie de l’île.

1902 : Signature de l’amendement Platt imposé comme additif à la Constitution cubaine par Washington. Ainsi Cuba ne peut pas conclure de traité avec une puissance étrangère sans l’accord des États-Unis. Ceux-ci peuvent intervenir militairement sur l’île quand bon leur semble et conservent un droit de regard sur les finances cubaines. Un véritable protectorat se met ainsi en place.

20 mai 1902 : Premières élections présidentielles à Cuba. Le conservateur Tomás Estrada Palmas, soutenu par les Américains, en sort victorieux. La République est proclamée. Le régime d’occupation militaire cesse, mais la domination politique et économique américaine se maintient.

1902-1905 : Plus de 13 000 Américains acquièrent un titre de propriété à Cuba.

1903 : Accord de réciprocité par lequel Cuba garantit aux Américains une réduction sur de nombreuses marchandises en échange de tarifs douaniers préférentiels. Ces accords renforcent la position de dépendance économique de Cuba vis-à-vis de son puissant voisin et ne font qu’accentuer la tendance à la monoculture de la canne à sucre.

Septembre 1906 ‑ février 1909 : Deuxième intervention américaine qui permet aux Américains de s’implanter à La Havane sur la base de Camp Columbia puis de s’installer sur la base de Guantànamo qui leur offre le contrôle de la mer des Caraïbes et de la route du futur canal de Panama. Ils interviennent contre des rebelles au président Estrada et Taft, secrétaire d’État à la Guerre, se proclame « gouverneur général de la République de Cuba » ; l’île est alors considérée comme un protectorat. À l’exclusif autrefois imposé par la couronne espagnole s’est substituée l’exclusivité nord-américaine : l’immense majorité des produits cubains part vers les États-Unis.

1907 : Métis né esclave et vétéran de la guerre d’indépendance, Evaristo Estenoz, qui avait tout d’abord soutenu le Parti libéral puis avait jugé que les Noirs n’y avaient pas une place correspondant à l’importance de leur engagement pendant la guerre, fonde le Parti indépendant de couleur qui contribue à diffuser les principales idées de la conscience noire cubaine.

1908 : Les élections municipales et provinciales sont remportées par les républicains, renommés conservateurs sous l’influence de Charles Magoon, un juriste américain que les États-Unis avaient envoyé à Cuba.

Novembre 1908 : Les élections présidentielles sont remportées par les libéraux, alliés à Maximo Gómez et à Zayas. Gómez, soutenu par les Noirs, reste président jusqu’en 1913 et déclare en 1909, lorsque les marines et Magoon quittent l’île, que celle-ci « a de nouveau son destin entre ses mains ».

Mai-juin 1912 : Evaristo Estenoz, qui a été arrêté deux ans plus tôt, orchestre un mouvement de mécontentement rassemblant plusieurs milliers de Noirs qui considèrent avoir été privés des « fruits de l’indépendance ». Les marines américains débarquent alors à Cuba pour protéger les plantations de canne à sucre et le président Gómez déclenche une répression qui fait 3 000 morts parmi les Noirs. Le 12 juin, Estenoz est tué. Pour la première fois depuis Aponte, le chef des rebelles a été un Noir.

1912 : Le général Mario Garcia Menocal remporte les élections présidentielles. Perçu comme plus américain que cubain, Menocal a fait fortune dans le sucre dont l’industrie est alors florissante. Durant cette période que l’on nomme la « danse des millions », les entreprises nord-américaines et cubaines profitent de l’envolée des prix provoquée par la Première Guerre mondiale pour s’enrichir.

Février 1917 : Le général Menocal demande sa réélection mais les libéraux, menés par Gómez, s’y opposent et parviennent à s’emparer du pouvoir. Le mois suivant, les Américains débarquent à Santiago, renversent Gómez et rétablissent Menocal à la présidence. Ils restent sur l’île pendant six ans.

Octobre 1917 : Première guerre du sucre pour obtenir de meilleurs salaires. Cuba vit dès les années 1917-1918 une période de difficultés économiques et sociales. Du fait de la corruption des dirigeants, des mouvements d’opposition étudiante se développent. Ils aboutissent en 1923 à la formation de la Révolte universitaire dirigée par Julio Antonio Mella. Étudiants et ouvriers représentent les deux pôles d’opposition politique et sociale à Cuba.

1920 : Le sucre, élément primordial de l’économie cubaine, atteint ses cours les plus hauts puis subit une chute brutale qui se prolonge jusqu’en 1922. Les exportations baissent à leur tour.

1921 : La Banque nationale doit fermer du fait de la crise. Cuba a alors grand besoin de l’aide américaine.

1925 : Le leader étudiant Mella organise le soulèvement des ouvriers de la compagnie américaine United Fruit Co qui exploite plus de 100 000 hectares sur l’île. Il va devenir l’un des principaux dirigeants du Parti communiste cubain (PCC), né en 1925. La même année est créée la Confédération syndicale où, à la suite d’une série de rudes affrontements, les communistes prennent le dessus sur les anarcho-syndicalistes.

À partir de 1925, Cuba entre dans le cycle des dictatures dont elle ne sortira que difficilement.

20 mai 1925 : Le général Gerardo Machado devient président de Cuba. Ce libéral organise de grands travaux publics dont de nombreuses firmes américaines profitent pour s’enrichir. Tenant à garder le pouvoir, Machado fait adopter une réforme de la Constitution qui lui permet de prolonger son mandat en se présentant comme candidat unique. L’opposition ne cessant de se développer, notamment sous l’influence de Mella, il organise une police politique et fait assassiner ce dernier en 1929 au Mexique.

1925 : Cuba produit 4,5 millions de tonnes de sucre, avec pour débouché essentiel les États-Unis.

13 août 1926 : Naissance de Fidel Castro.

1929 : La crise économique est très rapidement et vivement ressentie à Cuba où elle entraîne une hausse du chômage. Les engagements et les investissements américains diminuent dans l’île, tandis que les droits de douane sur le sucre cubain augmentent aux États-Unis, ce qui n’est pas sans conséquences sur l’économie cubaine. En effet, à cette époque, 79 % des exportations sont dirigées vers les États-Unis et 65 % des importations en proviennent. Contrairement à ce qui se produit dans d’autres pays d’Amérique latine, la crise de 1929 n’offre pas l’opportunité de se lancer dans l’industrialisation.

Mars 1930 : Pendant la décennie qui suit la grande crise, Cuba est en proie à l’instabilité politique. Le pays est touché par une grève générale, menée entre autres par le poète Martinez Villena. La guerre politique est déclarée entre Machado à la tête de la « lutte contre le communisme » et ses opposants qui le qualifient de « Mussolini des tropiques ». Les réfugiés politiques cubains commencent à affluer à Miami où ils s’organisent au sein de comités.

Septembre 1930 : Le Directorio Estudiantil, qui organise la terreur et des assassinats, est recréé clandestinement. D’autres mouvements d’inspiration socialiste sont créés dans son sillage, notamment par Raul Roa (Ala Izquierda Estudiantil) et Antonio Guiteras Holmes (Union Revolucionaria), figure la plus radicale de l’opposition de gauche. Un troisième mouvement clandestin, nommé ABC, voit le jour en septembre 1931 et reprend de nombreux thèmes du fascisme mussolinien. Tous ces mouvements d’opposition emploient la violence révolutionnaire en réponse à la crise.

1932 : Parution du manifeste du mouvement ABC, directement inspiré du programme fasciste italien de 1919.

1933 : Les États-Unis, à la tête desquels Roosevelt vient d’être élu, envoient un ambassadeur à Cuba pour demander à Machado de se retirer. L’opposition redoute une tentative d’intervention américaine dans les affaires de Cuba.

Août 1933 : Nouvelle grève générale décrétée par le leader communiste Ruben Martinez Villena. La population se précipite dans les rues à la fausse nouvelle de la chute de Machado : la police tire sur la foule.

11 août 1933 : Sous la pression de l’armée et de l’ambassadeur américain Summer Welles, Machado doit s’enfuir aux Bahamas. Carlos Manuel de Céspedes, petit-fils du leader indépendantiste de 1868, le remplace à la présidence pendant un mois à peine. C’est alors que commence la première révolution cubaine du XXe siècle. Elle va se dérouler en trois phases : la première, semi-fasciste, dure moins d’un mois ; la seconde, d’extrême gauche, dure quatre mois et la dernière, contre-révolutionnaire, s’étend de 1934 à 1939.

3-4 septembre 1933 : Céspedes est renversé par un coup d’État organisé par des révolutionnaires (des soldats et des étudiants) qui nomment un collège de cinq membres. Celui-ci élit président de la République le professeur d’université Ramon Grau San Martin qui appartient au Directorio Estudiantil. Le « gouvernement des Cent Jours » mène une politique réformatrice dans le cadre d’une éphémère république révolutionnaire : apparaissent le ministère du Travail, la journée de Travail et le suffrage des femmes. Il est divisé entre les partisans du groupe radical, l’Union Revolucionaria, menés par Antonio Guiteras et des personnes plus modérées. Guiteras, qui s’inspire de Jaurès, des révolutions russe et sandiniste, représente un lien entre José Martí et Fidel Castro. Lors d’un rassemblement à Camp Columbia, les révolutionnaires publient un programme intitulé « Proclamation au peuple cubain » exigeant l’élection d’une Assemblée constituante chargée de la rédaction d’une nouvelle Constitution et la formation d’un tribunal appelé à juger les crimes de l’ère Machado.

À partir de 1934, les présidents se succèdent, habilement manipulés par l’un des principaux artisans du coup d’État, le sergent devenu colonel Fulgencio Batista. Ce dernier est soutenu par le PCC et par le président américain Roosevelt qui a instauré la politique dite de « bon voisinage ». Batista va dominer Cuba de 1934 à 1958. Né en 1902, il revendique à la fois du sang espagnol, indien, africain et chinois et se considère donc comme représentatif du peuple cubain.

1934 : Fin de l’amendement Platt qui laissait en partie Cuba sous la tutelle américaine et retrait de la Constitution le 29 mai. Un nouveau traité cède la base de Guantànamo aux Américains.

1934-1935 : Importants mouvements contre le gouvernement et le président Mendieta, ancien maire de La Havane qui avait appartenu au mouvement de droite, l’Union Nacionalista. Ils sont en partie menés par le chef de l’opposition, Guiteras, qui organise une véritable guérilla urbaine. Les grèves se multiplient et aboutissent en mars 1935 à une grève générale que Batista et Mendieta répriment. Guiteras est alors assassiné. Le pouvoir de l’armée et la violence politique ne cessent de s’accroître.

Vers 1935 : Le New Deal de Roosevelt permet la reprise des investissements étrangers à Cuba.

1936 : Miguel Mariano Gómez est élu président mais ne reste qu’un an au pouvoir.

1936 : Le Pr Grau San Martin crée un mouvement pour les classes moyennes, le Partido Revolucionario Cubano Autentico, tandis que les communistes, menés par Juan Marinello, fondent le Partido Union Revolucionaria et se tournent vers Batista avec lequel ils passent un pacte : Batista permet aux communistes de s’organiser, en échange de quoi il reçoit leur soutien politique.

1938 : Les communistes créent le Parti d’union populaire.

1940-1944 : Présidence de Batista, resté dans l’ombre pendant plusieurs années. Il est élu avec plus de 60 % des voix. Pour la première fois dans l’histoire de Cuba, les communistes obtiennent des portefeuilles ministériels. Le PCC change de nom pour devenir le Parti socialiste populaire (PSP).

1940 : Nouvelle Constitution d’inspiration sociale-démocrate, la première issue d’une Assemblée constituante élue.

1944 : Retour au pouvoir du Pr Grau San Martin, après qu’il a évincé le candidat de Batista, Carlos Saladrigas. Ce succès s’explique par l’intérêt que le professeur porte à la démocratie. Son mandat est marqué par des scandales financiers, la corruption, le marché noir, le gangstérisme au sein des syndicats… Ce système se poursuit sous le président Carlos Prio Socarras, ancien ministre du Travail de Grau San Martin, au pouvoir de 1948 à 1952. Le mécontentement populaire est à son comble et l’on dénonce la corruption généralisée. Grau est alors devenu hostile aux communistes.

1950 : Cuba souffre d’une crise à la fois politique et économique. La culture du riz fait son apparition à Cuba qui reste toutefois dépendante des importations américaines.

1952 : Début de la baisse du commerce et des exportations. Le peuple cubain ne parvient pas à s’extirper de sa pauvreté, ce qui explique la multiplication des grèves. En outre, le commerce de l’île dépend des États-Unis qui importent 90 % du sucre cubain et fournissent à l’île 75 % de ses importations.

10 mars 1952 : Batista, le « fils du peuple », appuyé par les Américains et de nombreux officiers, revient au pouvoir par un coup d’État militaire réalisé aux premières heures du matin. Il s’installe à la présidence en 1954. L’opposition étant inexistante, il impose sa « dictature démocratique » : il supprime la Constitution, suspend les libertés, tout en s’assurant du soutien des États-Unis et de la majorité de la classe dominante. L’État entretient de bonnes relations avec les organisations syndicales qu’il contrôle en grande partie. La paix sociale est illusoire et artificielle : la pauvreté ne cesse de s’accroître, y compris au sein des travailleurs ; le jeu et la prostitution, contrôlés par des gangs nord-américains, se développent dans des proportions encore jamais atteintes. Avec ce « coup de caserne » ou cuartelazo, Cuba cesse définitivement de vivre dans un régime constitutionnel.

1952 : Une plainte est déposée au Tribunal d’exception de La Havane par un jeune avocat du nom de Fidel Castro. C’est une tentative de recours légal contre le coup d’État de Batista, accusé d’avoir violé six articles du Code. Le 16 août, Castro écrit ainsi dans le journal clandestin El Accusador : « Des malheurs dont Cuba souffre, des peines qui l’accablent, du sang versé, je t’accuse Batista. » Né en août 1926, ce fils de riche planteur d’origine galicienne a poursuivi des études de droit à l’université de La Havane où il a organisé un comité contre la discrimination raciale. Devenu avocat en 1950, Castro est le premier à s’opposer activement à la dictature de Batista. Il prépare la lutte armée en organisant des groupes de combattants. Ses deux héros sont José Martí et Eduardo Chibas, qui a appartenu au Directorio Estudiantil dans les années 1930, s’est illustré dans la lutte politique et a créé un parti radical en 1947, le Partido Revolucionario Cubano Orthodoxo.

26 juillet 1953 : La forteresse de Moncada, deuxième caserne du pays, est prise d’assaut par Fidel Castro et 200 ouvriers et étudiants dont beaucoup trouvent la mort lors de ce combat. C’est la naissance du mouvement du 26 juillet et de la révolution. Capturé, Castro est emprisonné.

21 septembre 1953 : Début, à Santiago, du procès de Castro et des survivants de l’attaque. Castro revendique la responsabilité entière de la révolte au nom de droit de résistance à la dictature. Le 16 octobre, il prononce un discours de défense, véritable réquisitoire contre le président Batista et son régime. Il en profite pour présenter son programme, inspiré de José Martí, qui comprend la lutte contre la corruption, la réforme agraire (distribution équitable des terres, regroupement des paysans en coopératives, baisse de 50 % des loyers) et la réforme de l’enseignement. Il achève son discours par la célèbre phrase : « Condamnez-moi, cela est sans importance, l’histoire m’acquittera. » Condamné à quinze ans de prison sur l’île des Pins, il se plonge dans la lecture de Marx et de Lénine.

1954 : Batista, seul candidat à la présidence, est réélu.

13 mai 1955 : Batista signe une loi d’amnistie dont bénéficie Castro qui part au Mexique pour préparer la révolution. À Cuba, le Directorio Estudiantil, héritier de la révolution de 1933, cherche à éliminer Batista.

1956 : 66 membres du Directorio Estudiantil attaquent la caserne de Matanzas dont ils tuent tous les occupants. Le gouvernement accroît la répression et les assassinats politiques deviennent chose courante.

1956 : Castro entame une tournée aux États-Unis dans le but de recueillir des fonds auprès des Cubains en exil ; il obtient 50 000 dollars grâce auxquels il finance l’achat d’armes et l’entraînement militaire de 80 hommes. Parmi eux se trouve l’Argentin Ernesto Che Guevara, grand admirateur de Castro, rencontré au Mexique. Ce médecin marxiste-léniniste se met au service de celui qu’il appelle « l’ardent prophète de l’aurore ».

15 novembre 1956 : Castro annonce l’invasion imminente de Cuba.

Décembre 1956 : Le 2 décembre, les hommes de Castro, à bord du Granma, abordent à Cuba mais sont surpris le 5 à Alegria del Pio où plusieurs trouvent la mort. Douze d’entre eux atteignent le Turquino, dans la montagne, la sierra Maestra d’où ils entretiendront la guérilla pendant les deux années à venir. Ils gagnent la confiance des paysans, pour la plupart des precaristas occupant la terre sans titres de propriété, en leur exposant leurs projets de réforme agraire. Il est rare que des paysans se rallient de manière spontanée à une guérilla. Cela s’explique par l’adhésion au mouvement de leur cacique, Crescencio Perez, et par l’histoire cubaine où d’importants conflits fonciers se sont achevés sur l’expulsion des petits paysans des basses terres par les grands planteurs de canne. L’appui de la base paysanne locale fut ainsi déterminant dans la victoire des guérilleros.

Printemps 1957 : Une partie de la sierra Maestra est déclarée « territoire libre », soit 1 500 km2 au début de 1958. Ce territoire est doté d’un hôpital, d’une école, d’une armurerie et d’un four à pain. Les grands propriétaires des zones contrôlées doivent s’acquitter de l’impôt révolutionnaire, institué par les guérilleros.

Juillet 1957 : La rencontre dans la sierra d’une délégation du Parti orthodoxe de Chibas et des rebelles aboutit à la rédaction d’un communiqué commun.

1957 : L’attaque du palais présidentiel par le Directoire révolutionnaire est un échec.

1958 : L’île compte plus de 7 millions d’habitants dont la moitié de citadins. 30 % des actifs  sont au chômage ou souffrent du sous-emploi. À la campagne, où les conditions de vie sont plus dures qu’en ville, les trois quarts des habitants vivent dans les bohios, des cabanes de boue. La moitié des travailleurs agricoles sont employés dans le secteur sucrier, le plus souvent dans des latifundia (le domaine de la Cuban Atlantic Sugar Co couvre 250 000 ha) et plus de 2 millions de personnes vivent directement du sucre.

24 février 1958 : Première émission de Radio Rebelle qui décrit les progrès de la guérilla. En général, la presse a joué un grand rôle dans la victoire des rebelles car elle a contribué à créer le mythe des guérilleros.

Mars 1958 : Raul Castro ouvre un second front dans la sierra de Cristal, à l’est de l’île.

1958 : Échec de la grève générale annoncée par Radio Rebelle et voulue par le front urbain du Mouvement du 26 juillet (opposé au front engagé dans la sierra), notamment en raison du refus d’alliance avec les communistes. La voie insurrectionnelle de la guérilla l’emporte sur la voie politique au sein du mouvement.

Mars 1958 : Capture et libération de citoyens américains par les guérilleros. Les États-Unis suspendent les aides militaires à Batista.

Mai 1958 : Batista croit pouvoir en finir avec la guérilla et lance contre elle 12 000 hommes lors de « l’offensive d’été » qui échoue trois mois plus tard. La contre-offensive lancée par Castro est en revanche couronnée de succès.

20 juillet 1958 : Alliance de nombreux partis, dont le Directoire révolutionnaire, avec le Mouvement du 26 juillet de Castro. Le Parti socialiste populaire (Parti communiste) soutient la révolution sans croire à l’efficacité de la lutte armée.

20 août 1958 : Radio Rebelle annonce la victoire de la guérilla contre les soldats de Batista. Il lui faut désormais conquérir le pays.

Novembre 1958 : Batista remporte les élections présidentielles avec un très fort taux d’abstention. Les États-Unis lui retirent leur soutien.

Fin 1958 : Castro lance vers la ville de Santa Clara deux colonnes respectivement commandées par Ernesto Che Guevara et Camilo Cienfuegos. Des volontaires les rejoignent.

Décembre 1958 : Le 28, début de la bataille de Santa Clara où la population apporte son aide aux rebelles. Le 30, les insurgés s’emparent de grandes quantités d’armes et le 31 des points stratégiques de la ville, tandis que le président Batista fuit après avoir désigné pour le remplacer le Dr Carlos Piedra. Dans le même temps, Fidel s’empare de Santiago et son frère Raul de Guantànamo.

1er janvier 1959 : Grève générale.

2 janvier 1959 : L’Armée rebelle entre dans La Havane, tandis que Fidel Castro lance le mot d’ordre de grève générale depuis Santiago. La guerre révolutionnaire s’achève. Le Dr Urrutia devient président et Miro Cardona, Premier ministre.

Ces événements sont d’une extrême importance en Amérique latine où jamais encore une armée professionnelle n’avait échoué contre une guérilla.
 
Cuba au temps de la révolution et de la dictature castriste
 
La décennie 1959-1969 voit l’établissement progressif du régime castriste qui, isolé, survit en se rapprochant de l’URSS et en affirmant toujours davantage ses choix révolutionnaires. Le nouveau régime veut en finir avec l’oligarchie foncière traditionnelle et avec les intérêts capitalistes étrangers, ce qui va naturellement le conduire à entrer en conflit avec les États-Unis.

7 janvier 1959 : Promulgation de la loi fondamentale de la République qui établit les fondements du nouvel État cubain. Trois groupes se partagent le pouvoir révolutionnaire : le Mouvement du 26 juillet de Castro, dont beaucoup de dirigeants sont d’origine citadine et bourgeoise, le Directoire révolutionnaire, de recrutement essentiellement étudiant, et le Parti socialiste populaire (PSP) appelé à devenir le Parti communiste.

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